G.I. Gurdjieff

 

Georges Ivanovitch Gurdjieff fut un maître spirituel de la première moitié du XXe siècle dont l’influence ne cesse de s’étendre encore aujourd’hui. Né vers 1870 en Arménie, alors partie de l’empire russe, au sud du Caucase, véritable carrefour de cultures, de peuples et de civilisations, il reçut une éducation religieuse et scientifique. Persuadé qu’il existait dans le monde les traces d’une ancienne sagesse, il explora, dès 1895, accompagné d’un groupe de «Chercheurs de Vérité», le Moyen Orient, l’Egypte, l’Asie centrale et le Tibet afin de retrouver les fragments de cet enseignement perdu.

 

Il apparaît à Moscou en 1912 et réunit autour de lui des intellectuels et des chercheurs, parmi lesquels viendra se joindre en 1915, Piotr Demianovitch Ouspensky, l’auteur de Fragments d’un enseignement inconnu, témoignage qui relate ses années de travail avec G.I.Gurdjief.

 

La Révolution puis la guerre civile l’obligent à quitter la Russie en 1918 avec un groupe de compagnons, dont le musicien Thomas de Hartmann et sa femme Olga. Après maintes péripéties qui l’ont vu traverser le Caucase, passer par Constantinople et l’Allemagne, il arrive finalement en France en 1922 et s’installe au Prieuré d’Avon à Fontainebleau, près de Paris.

 

Il y fonde l’Institut pour le développement harmonique de l’homme qui attire, parmi d’autres, de nombreux écrivains et artistes, principalement anglo-saxons. En 1924, après un accident de voiture presque fatal, il se consacre essentiellement à la rédaction de plusieurs livres dont les Récits de Belzébuth à son petit-fils. En outre, il poursuivra la composition d’un important corpus musical de pièces pour piano avec le soutien de Thomas de Hartmann.

 

Avec la fermeture du Prieuré d’Avon en 1933, s’achève une époque de l’enseignement de Gurdjieff. Jusqu’en 1939, il partagera sa vie entre Paris et les Etats-Unis, où il a de nombreux adeptes. Pendant l’Occupation, il poursuivra ce qu’il nomme le Travail, avec des cercles d’élèves français, que lui a présentés sa plus proche disciple, Mme de Salzmann (1889-1990). Après la guerre, Gurdjieff verra encore affluer des élèves américains et anglais, avec lesquels il travaillera jusqu’à sa mort le 29 octobre 1949.

L’Institut de Genève

 

C’est en 1957 que le premier groupe de ce qui est devenu aujourd’hui l’Institut Gurdjieff de Genève fut créé. Il doit son existence à l’impulsion de Mme de Salzmann qui en confia la responsabilité à son fils, Michel de Salzmann (1923-2001), et à Lizelle Reymond (1899-1994). Cette dernière oeuvra sans relâche à faire vivre le groupe et à développer l’enseignement de Gurdjieff à Genève. Elle y avait été préparée par des décennies d’une quête profonde qui devait l’amener en Inde où elle rencontra Shrî Anirvân, un maître du sâmkhya, une des six voies traditionnelles de la spiritualité hindoue, qui l’accepta comme élève en 1949. Après avoir passé plusieurs années aux côtés de Shrî Anirvân, et sur son injonction, elle retourne en Europe et rejoint à Paris l’Enseignement de Gurdjieff, dans lequel son maître voyait une très grande parenté avec le sâmkhya.

 

Si Lizelle Reymond fut l’infatigable animatrice des groupes de Genève, Michel de Salzmann en fut le guide. Il sut, au fil des années, transmettre l’influence spirituelle de Gurdjieff et permettre aux élèves de se confronter plus consciemment aux défis de la vie.

 

Aujourd’hui les activités centrales de l’Institut se composent des «groupes» et des classes de «mouvements», de la musique et des méditations, complétées par des ateliers de travail artisanal, des études thématiques et des échanges sur les idées. L’accent est mis sur une recherche personnelle rigoureuse, librement partagée avec d’autres, où s’éprouve une relation nouvelle entre le corps, la pensée et le sentiment.

L’enseignement de Gurdjieff

 

Cet enseignement dit de la quatrième voie est essentiellement axé sur le développement harmonieux de l’homme afin qu’il puisse se manifester dans sa globalité et jouer pleinement le rôle qui lui revient. C’est un chemin conduisant à la connaissance de soi, une voie d’éveil de la conscience capable de toucher l’homme contemporain, tel qu’il est, dans la vie qu’il mène. A l’écart des voies religieuses, ne s’appuyant sur aucun dogme ni rituel, son enseignement appelle une compréhension de tout l’être et une vérification personnelle, indissociables d’une expérience directe et d’une mise à l’épreuve pratique de ses principes. Exprimée dans un langage proche de celui de la psychologie et de la science, cette connaissance vise tout d’abord à une harmonisation des fonctions mentales, émotionnelles et instinctivo-motrices, préalable incontournable, selon G. I. Gurdjieff, à un accès à des états supérieurs de conscience. La voie spirituelle apportée par G. I. Gurdjieff, dans laquelle les grandes lois cosmiques ont leur rôle, est ainsi une véritable science de la vie intérieure, où le chercheur est conduit à une « découverte progressive d’une dimension de l’être qui seule a le pouvoir de l’unifier, de le soumettre et de le transformer.» On rejoint là le cœur, le noyau transcendant de toutes les grandes traditions spirituelles.